Cut it - Chapitre 2

Publié le par Sido

Chapitre 1

 

Chapitre II - Bleu patenté

 

                Ce matin du treize avril était froid et brumeux. Huit heures. Van Cliff se réveilla péniblement au son grinçant de la voix de Flynn. En effet, le docteur n’avait pas réussi à trouver le sommeil au motel trop miteux et bruyant. Il s’était rendu en douce dans  «son»  appartement au milieu de la nuit. Il le regretta presque en entendant les beuglements du poissonnier.

 

«  Hé, Docteur !

 

-Quoi, bon Dieu ? Grogna Van Cliff par sa fenêtre ouverte.

 

-J’ai vu le sheriff en bas de votre porte, il a sûrement du neuf pour vous !

 

-Mêle-toi de tes poissons, Flynn.  S’il a du neuf, je le saurai bien assez tôt. »

 

Oscar se leva, de mauvais poil. Il s’habilla sans se laver et partit d’un pas décidé au bureau de Bob Harwell.

Le sheriff avait déjà avalé deux cafetières et attendait Van Cliff prostré sur sa chaise de bureau. Les deux mains croisées sur son ventre lippu, Harwell fixait la porte de son regard vitreux. Comme beaucoup de citoyens américains, il avait perdu sa famille pendant la guerre. Non pas à cause d’une bombe, d’une mine ou de quelconque machine meurtrière. Sa femme et ses enfants avaient été dépouillés et assassinés par un inconnu qui profitait du carnage pour jouer les charognards. Le type n’avait pas été retrouvé. A cette époque, Robert Harwell était encore un jeune homme ; il n’entra dans la police que bien plus tard afin de rendre justice à n’importe qui pouvait souffrir du meurtre de l’un des siens. En réalité, Harwell n’avait strictement rien à cirer de « l’ordre et la sécurité » ; ce qui comptait pour lui était enfouis bien plus profondément dans ses tripes.

 

La porte vitrée trembla. Le Sheriff put apercevoir la silhouette carrée de Van Cliff. Il ouvrit la porte.

 

« Salut, Bob. Le petit poissonnier m’a dit que vous étiez passé, engagea Oscar.

 

-Hein ? Non pas du tout. Il a du confondre. Je savais bien que vous aviez couché à l’hôtel, cette nuit. Je vous connais, Oscar.

 

-Heu… En fait, je… Balbutia le docteur, dubitatif. Peu importe. Il y a du nouveau ?

 

-On a retrouvé votre « bonne femme ». Elle flottait le long du fleuve. Elle ne devait pas y être depuis longtemps puisqu’elle n’a pas gonflé. Tout concorde : le bras manquant et les ongles fuchsia. Vous verrez cela vous-même. Le bleu vous attend au labo ; faites gaffe : je le trouve un peu trop zélé. »

 

Van Cliff se dirigea vers la salle d’autopsie d’un pas rapide. Il entra et posa sa veste du même geste, sans même faire attention au jeune homme grand et mince, prenant des notes à côté du cadavre encore recouvert d’un drap sale et déchiré.

Le docteur le retira brusquement, son regarde scrutant le corps de haut en bas. Il s’agissait bel et bien d’un homme travesti. Ses jambes étaient soigneusement épilées, mais l’on distinguait clairement un sexe d’homme sous ses habits de prostituée. Le maquillage ne trompait personne, et aucun fond de teint n’aurait pu dissimuler sa barbe rasée tant bien que mal. Oscar Van Cliff réfléchit. Les blessures infligées à la victime étaient les mêmes que celles de la précédente. Le bras correspondait tout à fait à l’épaule réduite à un morceau de viande faisandée. Le meurtrier avait voulu faire souffrir sa victime, il en était certain. On ne décharne pas des jambes et des flancs ante-mortem juste pour rendre le corps plus léger.

 

« Hm !

 

Un petit toussotement forcé résonna derrière la table d’autopsie. Van Cliff, concentré, n’y prêta pas attention.

 

Hm  Hm !

 

-Qu’y a-t-il Clyde ? Vous voulez un bonbon au miel ? Pas de pot, mon vieux. Les abeilles ont disparu du continent depuis belle lurette, lança Van Cliff d’un ton sarcastique.

 

- Docteur, docteur, docteur… Rétorqua la voix de Clyde, très assuré. Je sais bien que je ne suis que de la bleusaille pour vous, mais prenez en considération toutes mes années d’études, je suis tout à fait capable de vous aider ; j’ai pris des notes fort intéressantes et je pense que vous devriez y jeter un œil. Je suis retourné voir le premier corps de l’affaire.

 

L’échine du Docteur se dressa soudain.

 

-Qui vous a permis…

 

-Mais je suis tout à fait convaincu  que la prise d’initiative est une grande qualité dans notre métier, Docteur répondit le jeune légiste de son air faussement innocent.

 

-Gardez  pour vous vos convictions, Clyde. Tant que vous bosserez sur cette affaire, c’est moi qui vous donnerais les consignes. Est-ce clair ?

 

-Limpide ; dit Clyde affublé d’un petit sourire satisfait. »

 

Bien que ce fût le premier contact entre ces deux médecins, Van Cliff s’adressait au jeune Clyde Green comme s’il s’agissait de l’un de ces élèves encombrant à qui il enseignait lorsque les temps étaient rudes. Il avait déjà cerné le caractère de ce personnage arrogant. Van Cliff savait aussi bien analyser les vivants que les morts. Du haut de son mètre quatre-vingt, Clyde observait le bas-monde au dessus de ses petites lunettes rectangulaires. Ses cheveux châtains soyeux et sa peau d’adolescent lui donnaient un côté « beau garçon » absolument insupportable. Et Van Cliff souhaitait tout sauf laisser une personne aussi imbue d'elle-même prendre des initiatives.

 

« Donnez-moi ces notes ; dit Van Cliff qui, sans même attendre de réponse, pris des mains de Clyde son carnet en plastique. »

 

Sur les feuilles en plastique fin jaune et lisse, Oscar Van Cliff remarqua avec rancœur quelques observations intéressantes.

 

« Le sujet présente des lésions particulières sur les pieds, s’apparentant à des lanières de chaussures. » Cela, Van Cliff l’avait bien sur remarqué, mais il n’y avait pas prêté attention. Les nuits étaient chaudes, et les hommes portaient souvent des sandalettes légères. Il poursuivit sa lecture : « Ces marques correspondent tout à fait au modèle Gucci de 2044. Il s’agit de chaussures à talon hauts, très voyantes. Nous pouvons donc supposer que la première victime était un travesti ».

 

« Tout comme la seconde, n’est-ce pas Docteur ? Couina Clyde qui lisait sans difficulté par-dessus l’épaule du Van Cliff, bien plus trapu que le jeunot. Que pouvons-nous conclure d’un assassin qui ne s’en prend qu’à des travestis ? »

Van Cliff, mortifié, ne pris pas la peine de répondre. Il arrivait souvent qu’un travelo se fasse tabasser par une bande de ratés trop près de leur soi-disant virilité. Mais que l’homophobie pousse à tuer ; et en série qui plus est, cela était assez rare.

 

Le Docteur eu soudain envie d’un Irish Coffee.

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