Josie

Publié le par sido

                Josie traînait son corps trop encombrant dans le couloir. Se laissant tomber, son épaule heurta le mur. Malheureusement son bras ne se détacha pas. Désappointée, elle se redressa, puis se laissa choir à nouveau. De tout son poids. Elle entendit un léger craquement : son bras tomba lourdement sur le plancher. « Ainsi, pensa Josie, je me sentirais plus légère ». Elle ramassa le bras et le fourra négligemment dans le placard. Avec tous les autres.

 

                « La salle de bain est étrangement sombre, ce matin » songea-t-elle. En effet, la baudroie abyssale dormait toujours au fond du lavabo. Elle était si paisible et si sereine dans son lit de faïence. Josie la caressa très délicatement de son unique main. La baudroie s’éveilla alors doucement et agita son appendice qui éclaira la pièce. Josie aperçut donc son reflet dans le miroir. Malgré son bras manquant, ses épaules demeuraient particulièrement larges pour une femme. Sa poitrine était tout aussi plate que son visage, dépourvu de nez et de lèvres. « Je vais me refaire une beauté » affirma-t-elle solennellement, tout en plongeant ses doigts dans le bocal de cire d’abeille. Elle se modela ainsi une coquette paire de lèvres et de pommettes saillantes. Pas de nez aujourd’hui. L’air était, de toute manière, bien trop nauséabond.

 

                Josie se rappela alors de la cafetière sur le feu. Si elle ne se dépêchait pas, le café risquait fort de mourir brûlé. Et le café mort, Josie en avait horreur. « Rien ne vaut un café bien vivant. » C’est ce que disait sa mère. Elle se dirigea donc vers l’escalier avec appréhension -elle savait que la cafetière lui en voudrait de l’avoir oubliée-  La cuisine était éclairée d’une douce lueur verte. La cafetière gargouillait. Josie se servit une tasse et s’assit sur le gros cube de bois de la salle à manger. La lumière matinale était belle et apaisante. Le Grandgousier glissa le long de la fenêtre laissant derrière lui une trainée bleuâtre ; Le banc de méduses rosit l’horizon ; Le chant des baleines résonna au loin.


 La journée s’annonçait douce.

 

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