Cut it - Chapitre 3

Publié le par Sido

Chapitre 1

Chapitre 2

 

Chapitre III – Golden Pussy

 

                Il n’y avait que deux bars à Dust Town. L’un regroupait tous les alcooliques des environs. Les tarifs étaient plus que corrects, mais le whisky était frelaté. L’autre se nommait le « Golden Pussy » et rassemblait tous les rupins de la ville. On ne pouvait être riche à Dust Town sans enfreindre la loi ; voilà pourquoi c’est ce lieu que choisit Van Cliff pour aller prendre son verre. Il y avait un inspecteur de police dans cette ville, en plus du sheriff. Personne ne le voyait jamais et Van Cliff ignorait jusqu’à son nom. Malgré ça il rendait toujours ses rapports à l’heure avant de disparaître à nouveau. Oscar Van Cliff n’était pas de nature sociable mais il aimait que les choses soient faites face-à-face. Voilà pourquoi il avait décidé de mener sa propre enquête, et donc, de se rendre au Golden Pussy.

 

Le lieu était plutôt épatant. La grande pièce circulaire était capitonnée du sol au plafond par un tissu doré serti de gros boutons en plaqué or. Les tables comme les bancs étaient escamotables et laissaient apparaître à leur sortie du mur, une couleur bordeaux presque mauve, très intense qui marqua la rétine du Docteur. Une immense plaque de plexiglas recouvrait le sol capitonné afin que les Ladies n’y enfoncent pas leurs talons aiguilles. Cette transparence donnait l’impression de flotter légèrement au dessus du sol, et ajoutait à l’excentricité du lieu. Le comptoir se trouvait au centre de la pièce, les bombonnes d’alcools multicolores retournées scintillaient à la lumière des éclairages incrustés dans le plafond. Personne n’était au comptoir ; et le barman, un jeune boutonneux, ressemblait à un caillou perdu dans une boîte de chocolats.

 

Oscar Van Cliff quitta l’embrasure de la porte d’entrée et se dirigea vers le bar. Il prit place sur l’un des hauts tabourets et commença à scruter la salle. Il y avait du monde en ce début de soirée. Le jeune barman s’adressa à Van Cliff :

 

« Que puis-je faire pour vous monsieur ? demanda l’adolescent en détachant chaque syllabe. Il avait des tics nerveux et Van Cliff se demanda un instant s’il ne s’agissait pas d’un bègue en voie de guérison.

 

-Un Irish Coffee, je te prie.

 

-Tout de suite, monsieur. Ca vous fera quinze dollars monsieur. »

 

Le monde n’était décidément pas le même qu’à l’extérieur, au Golden Pussy. Aucun homme de l’extérieur ne se paierait des consommations à plus de deux dollars juste pour son bon plaisir.

 

Pendant qu’il attendait son cocktail préféré, Van Cliff regarda le siège sur lequel il se trouvait. L’assise du tabouret était un miroir circulaire qui reflétait les lumières du plafond en plus de l’entrejambe du pantalon du Docteur. Il imagina que le reflet devait illuminer son visage de doré, ainsi il se sentait comme un élément du mobilier de ce bar. Cela tombait bien, il n’avait pas envie de se faire remarquer.

 

Il paya le barman et pris son verre tout en se levant. Il avait repéré une petite table libre située juste derrière un canapé fuchsia. Autour de ce sofa se pâmaient plusieurs Ladies accrochées à leurs Bienfaiteurs qui riaient très fort en exhibant leurs costumes chatoyants.

 

Van Cliff se dirigea vers cette table sans faire attention aux bégayantes réclamations du barman qui lui bramait qu’en salle, c’était deux dollars de plus.

 

Il s’assit dos au groupe, légèrement pivoté sur son siège de manière à pouvoir les observer discrètement en tournant un peu la tête. Il sirotait lentement son Irish Coffee en écoutant leur conversation. Ce n’étaient que futiles paroles. Leurs gorges se déployaient en cadences, les Ladies remuaient leurs improbables poitrines pressées dans de courtes robes de vinyle doré. Leurs ongles étaient vernis de la même couleur que les meubles. Ces femmes n’étaient pour leurs Bienfaiteurs que des accessoires bien pratiques et peu encombrants.

 

« J’ai entendu dire que les recettes de Jack n’étaient pas excellentes, ces temps-ci. A ce qu’on entend, il se ferait zigouiller ses tantes les unes après les autres ! Lança l’un d’eux.

 

-Ted, tu es si cruel. Chacun son business, on ne peut pas tous avoir de vraies filles, rétorqua son voisin de droite, goguenard, se délectant du gloussement de ses Ladies »

 

Oscar Van Cliff connaissait un peu les « noms d’artistes » de ceux qu’on appelait les Bienfaiteurs.

Celui qui parlait le plus était Ted Red. A sa droite, Bichew Blue et dans les coussins face à eux étaient affalés Michael Purple et Dick Pink. Chacun d’entre eux avait au moins deux ou trois Ladies cramponnées à leurs costumes criards. Leurs favorites de la soirée. Les autres étaient sûrement en train de bosser dans une rue sale et brumeuse de Dust Town, à partager leur corps avec les pires spécimens de cette ville. A cette pensée Van Cliff comprit aisément pourquoi les filles présentes au Golden étaient si enjouées. C’était repos pour elles ce soir.

 

Mais ce qui avait piqué le tympan du Docteur étaient les paroles de Ted Red. Il parlait des assassinats. Apparemment les travelos étaient au service de Jack. Jack Black. Un habitué du lieu qui pourtant ne semblait pas être de la partie.

Comme il était perdu dans ses pensées, Van Cliff ne remarqua pas que son manque de discrétion avait poussé les quatre parvenus à s’asseoir à sa table, laissant leurs demoiselles à leurs occupations.

 

« Salut, flic. Lança Dick Pink.


-Je suis pas flic, rétorqua Van Cliff sans sourciller.

 

-On se moque de ce que tu es ou pas, trancha Ted Red. Ce que je vois c’est que tu n’as pas l’air à ta place ici. Avec ton cuir râpé et tes cheveux en broussailles, on aura du mal à te confondre avec un fidèle du Golden. Je doute que tu aies les moyens de te prendre une cuite ici. Tu rumines ton verre vide depuis au moins vingt minutes, c’est que tu n’es pas là juste pour boire un coup ; je te pris d’excuser le ton direct de mon ami Dick ici présent, mais il me semblerait que tu aies un lien plus ou moins direct avec la police. Mais je suis bon prince, je t’offre un verre, mon ami !

 

Harold, remet-ça pour mon ami le flic ! Beugla Ted en direction du bar.

 

-Tout de suite, monsieur.  Je vous l’apporte monsieur. Répondit le barman acnéique.

 

-Je vous ai dit que je n’étais pas flic, répéta Van Cliff sans animosité. Certes, je viens glaner des informations. Mais c’est dans mon propre intérêt.

 

-Tiens donc ? Rétorqua Ted, toujours de son air surjoué. C’est drôle, pas mal de flics sont passés au Golden Pussy ces derniers-temps. Ils nous ont parlé de meurtres de prostituées. Mais vu qu’on leur a dit tout ce que nous savions et que tu l’ignores, c’est que tu n’as pas menti. Tu n’es pas flic. J’aime ça.

 

Il saisit le verre apporté par Harold sur un plateau doré, et le posa fermement devant le Docteur.

 

Alors, reprit-il, sache que je ne suis en rien concerné par cette affaire, j’ai d’ailleurs à disposition quelques Ladies qui elles sont bien vivantes et peuvent très facilement satisfaire ton propre intérêt. Il s’approcha de lui et baissa le ton : Le pouvoir, ça les excite. Elles te feront un prix d’ami si je leur dit que tu es flic. »

 

Oscar Van Cliff bu son verre d’un trait et se leva.

 

« Je n’suis pas intéressé. Merci pour le verre. »

 

Il jeta un dernier regard à la salle et parti d’un pas pressé. Confus, il se demandait s’il avait bien fait de venir au Golden Pussy. Le peu d’informations qu’il avait pu tirer de sa soirée n’étaient pas fiables, il le savait. Comment faire confiance à ces cinglés ? Malgré tout il s’en contentera et décida qu’à l’avenir il serait aussi effacé que l’inspecteur inconnu.

 

Il ne pensait désormais plus qu’à retourner à son appartement, la tête embrumée par le whisky.

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Publié dans Cut-it

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